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Emilien Courrieu (1921-2001)
L'auteur de cette originale "Histoire du cheval"
que nous présentons sur notre site est décédé le 2 octobre 2001. C'est au
travers de l'éloge funèbre prononcée par l'un de ses petits fils que nous
avons souhaité le présenter. Lire son livre et l'apprécier sera l'ultime
hommage que vous pourrez lui rendre.
Emilien Courrieu, mon grand-père, est né à Novi en Algérie le 18 juillet
1921. Il aimait qu'on l'appelle « Millen ». Pour ceux qui le connaissent
et pour ceux qui croient le connaître, j'aimerais rappeler ce que fût sa
vie. Ce n'est pas à nous de le juger, simplement, en quelques mots, souvenons
nous de son histoire.
L'Algérie, il y a passé la moitié de sa vie. Elle était au cœur de ses
conversations, au cœur de ses souvenirs. La chasse, le cheval, la mer.
Tout un pays, une patrie qu'il avait quittés mais qu'il n'oubliait pas.
Un accident de cheval. Ses parents ont bien cru le voir mourir lorsque,
adolescent, une chute le brisa. Transporté d'urgence à Alger dans la voiture
conduite par son père, dans les bras de sa mère, il survécut et remonta à
cheval. Il aimait nous raconter toutes ses bêtises et farces avec les jeunes
de son âge. Elles gardent pour nous la nostalgie d'une époque révolue.
Ses études d'ingénieur à Marseille furent interrompues par l'arrivée de la
Seconde Guerre mondiale. Il ne put jamais continuer ces études d'électricité
qui l'attiraient. Il fut incorporé dans les Chantiers de Jeunesse, préparation
paramilitaire mise en place par le régime de Vichy. Et après le débarquement
américain en Afrique du Nord, il rejoignit les Forces Françaises Libres.
Maroc, camp d'entraînement, Tunisie, baptême du feu sous le bombardement
des stukas allemands, bombardiers en piqué équipés d'une sirène au hurlement
terrifiant. Il débarqua en Corse. Horribles combats, débarquement la baïonnette
au canon, combats au corps à corps, les yeux dans les yeux de l'adversaire.
Puis, vint le débarquement de l'Ile d'Elbe. Sa barge tomba en panne, prise
pour cible par l'artillerie ennemie, elle explosa provoquant la mort de
presque tous ses occupants. Millen fut porté disparu. Sa mère attendit de
long mois des nouvelles. Millen, très bon nageur, sauva de la noyade l'un
des soldats chargé lourdement pour le débarquement . Et ce furent les
campagnes d'Italie, de France.
Sa mère ne sut jamais qu'il avait survécu, démobilisé, il rentra à son
village comme les cloches sonnaient pour annoncer la mort de celle qui
l'avait mis au monde.
Il retrouva l'Algérie, les amis qui avaient survécu, ceux qui avaient évité
la guerre. Il se maria et deux filles naquirent. Mais déjà, une nouvelle
guerre s'annonçait : la guerre d'Algérie. Propriétaire d'une exploitation
agricole à Fontaine du Génie, il dut envoyer ses filles en France dès
janvier 1954 pour les mettre à l'abri. Et dès fin 1957, Millen et son
épouse furent expulsés par l'armée qui ne pouvait assurer leur sécurité.
Ils arrivèrent en France avec comme seul bien une valise et quelques effets.
Pour Millen, pour son épouse, l'Algérie, c'était fini.
Trouver du travail, vivre difficilement. Il travailla en usine, mais il ne
parvenait pas à oublier ce qu'il avait été, comment il avait vécu. Les
difficultés quotidiennes, la condition d'expatrié dans sa propre patrie,
il ne parvenait pas à la supporter. Millen et son épouse se séparèrent en
1958. Alors Millen essaya de démarrer une nouvelle vie.
Il acheta une exploitation agricole en Bresse et devint agriculteur. Il se
remaria et éleva ses deux enfants.
Quarante ans d'une vie différente, dans un pays inconnu, au milieu de
nouveaux voisins. Lui, un étranger dans sa patrie, lui un déraciné, lui un
oublié. Il noua des liens avec des voisins qui devinrent et restent ses amis.
Ils sont présents aujourd'hui pour lui rendre un dernier hommage.
Ils se souviennent de Millen. De ces fêtes et méchouis qu'il savait organiser.
De ses anniversaires auxquels ils participaient. De ses coups de gueule
(c'était un râleur), mais aussi de sa générosité et de son bon cœur,
toujours prêt à aider, toujours partant pour participer, que ce soit pour
une tâche lourde, pour réparer un moteur récalcitrant, ou pour un repas,
une fête où il aimait tant chanter : « Ramona », « Mexico », et d'autres
encore.
C'est ce Millen là que tous regrettent. C'est cette image que chacun retiendra.
Et puis celle aussi, exemple de courage, de volonté, de dignité, de l'homme
malade, diminuant physiquement de jour en jour, mais qui jusqu'au dernier
moment resta fort, ne se plaignant pas, faisant preuve d'humour pour cacher
la douleur à ceux qu'il aimait. Je crois qu'il y a plein de choses que
Millen ne savaient pas exprimer. Ce n'était pas la peine de les attendre
de lui, c'est par son exemplarité qu'il voulait nous les dire. Sachons lui
rendre hommage et lui dire que nous l'avons compris et que nous le comprenons
aujourd'hui.
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